La double victoire du Soldat Coquelicot !

En acceptant le projet d’inviter ce spectacle musical qui a obtenu le label « Mission du Centenaire » l’Harmonie L’Avenir de Raillencourt-Ste-Olle et Sailly-lez-Cambrai s’était lancé un double défi, celui d’accueillir au moins trois-cents spectateurs dans la salle des sports, et d’introduire ce concert événement en interprétant elle-même des oeuvres évocatrices de cette période.

Pari lancé, pari assumé, pari gagné, pour paraphraser un mot célèbre, et au final un public doublement conquis !

L'hommage de l'Harmonie

Après une ouverture « en fanfare » sous la direction de Clément PETETIN, qui met davantage en valeur l’ensemble des cuivres et symbolise déjà l’arrivée des alliés, le titre suivant traduit encore mieux l’enthousiasme des soldats qui partent en guerre pour en découdre avec les troupes ennemies.
Comme l’évoque Bernard WANTE en présentant cette chanson, « It’s a long, long way to Tipperary » a été jouée par la British Expeditionary Force lors de son débarquement à Boulogne sur mer, et « donne à ce départ un air de fête joyeuse » que les musiciens interprètent avec le même entrain.
Mais la guerre est bien là avec « l’horreur de ses champs de bataille » comme le dit Georges Duhamel, dont seuls les morts pourraient témoigner, à l’instar du Soldat Coquelicot qui nous parlera depuis sa tombe. Et le morceau suivant nous invite en effet à cette « Méditation » sur la « der des der » que d’aucuns croyaient pouvoir gagner mais qui a fait des millions de victimes.
En citant enfin le maréchal Foch pour mieux qualifier encore le prix de cette liberté chèrement acquise, l’hommage de l’Harmonie se poursuit avec « L’homme armé, une messe pour la paix », une pièce de Karl Jenkins qui exprime à la fois la montée de la peur, la tragédie des armes et l’avènement de la paix. Une foi en l’avenir que défend l’orchestre avec une force de conviction digne de l’événement.

« Mais le challenge n’est pas tout à fait accompli » nous dit alors le jeune chef, en annonçant lui-même leur dernière partition, intitulé « Brasserie », une composition pour quintette et orchestre d’harmonie, que les musiciens vont interpréter avec le Local Brass Quintet, ajoutant ainsi au défi d’introduire le spectacle, celui de jouer avec une formation aussi prestigieuse.

Et la standing ovation qui salue leur prestation commune est à la mesure de l’alchimie qui s’opère entre les cinq musiciens et l’harmonie, au point que le quintette rejouera un morceau au pied de la scène pour terminer cette première partie.

"Un p'tit dernier avant la paix"

Non il ne s’agit pas d’un échange entre spectateurs venues au bar durant l’entr’acte, mais bien du titre du dernier album de la série BD « Les Godillots » que l’auteur présentait en exclusivité ce jour-là, et qu’il vendait et dédicaçait à tous ses fans. Une autre manière de célébrer le centenaire de l’armistice en découvrant les dernières aventures de nos sympathiques Palette et Le Bourru avec leur célèbre « roulante », aux prises avec un capitaine des corps francs et un soldat avide de butin …

Un succès là aussi, mais de librairie, pour cette séance de dédicaces de notre ami Olier, qui a même vendu des séries complètes !

"Un coquelicot au creux de la main"

Quand les enfants montent sur scène et que les musiciens s’installent sous les applaudissements du public, la tension est déjà palpable. Mais quand le jeune soldat, fièrement campé dans son uniforme, nous révèle qu’il est là « allongé sous cette croix », nos coeurs se serrent. Lui qui compte maintenant « les minutes d’éternité », il évoque amèrement sa vie de commis de ferme, alors qu’il était encore « un jeune gaillard, plein de force et d’amour ». Et tandis qu’il arpente la scène, tout à ses souvenirs d’autrefois, d’autres voix s’élèvent pour chanter cette fille de Paris qui l’attend, à l’instar de tous ces jeunes gens partis au front avec lui. Car ils sont tous « les fils d’un nouvel avenir », galvanisés par les chants patriotiques et fiers de porter l’uniforme. Ils partent « joyeux au combat », persuadés comme le chantent les enfants, « que l’ennemi ne tiendra pas »

La parfaite alchimie entre le jeu de l’acteur et la musique portée par le choeur nous immerge dans cette euphorie qui nous émeut d’autant plus que nous en connaissons l’issue tragique.
Cependant la dure réalité des tranchées les rattrape très vite, « Pauvres pions d’un lutte sanguinaire – sur l’échiquier de mort qu’on appelle la guerre », à l’image du déchaînement des obus « qui fait trembler la terre », cette terre « qui se gorge du sang des corps / de ces vies qui s’en vont ».
La versification du texte de Sébastien GAUDEFROY et la poésie tragique des ses rimes prennent ici toute leur force, tant dans la bouche de l’acteur que par les chants qui l’accompagnent et le choc des percussions. « C’est le bruit du tonnerre – Les crachats du Mauser – C’est le chant irréel – De la voix du Lebel »
Mais « Dans le mal être (ou la terreur) des tranchées – Naissent parfois des amitiés » et le soldat coquelicot se souvient de ce geste d’un camarade, de la «cibiche » qu’ils ont fumée ensemble, leur faisant oublier un instant leur horrible présent « en parlant de (leurs) vies d’avant ». Et les enfants de reprendre en choeur l’amour de ces femmes vénales, Marie, Frida, Clara, qui « sont pour le soldat déraciné – un semblant de gaieté, de liberté » avant l’apocalypse qui se déchaîne à nouveau, privant notre héros de l’amitié d’un compagnon d’armes.
C’est alors que le soldat coquelicot se prend tout à coup à rêver « de n’être plus humain » et de courir tel « un cheval dans le vert des prairies » pour échapper à la dure réalité des combats.

Et le jeune THEO se livre ici à un vrai numéro d’acteur, imitant l’homme et la bête galopant « à travers les prés et les chemins », parlant et piaffant tout à la fois, sans que le jeu prête à sourire, tant la musique et le débit des paroles illustrent le galop échevelé du cheval et du cavalier.
Quand le choeur reprend, c’est encore pour apaiser le corps et l’âme du soldat, en évoquant l’autre femme, « celle qui l’attend sur un quai de gare », cette fiancée que les jeunes solistes interprètent tour à tour, au gré des accents mélancoliques de l’accordéon et des cuivres.
Car la musique composée par Eric BOURDET est omniprésente. Elle soutient tantôt le choeur, tantôt le narrateur, pour illustrer les variations du ton et la progression dramatique, grâce à la virtuosité d’Annick RAZNY et des cinq musiciens du Local Brass Quintet.
Et soudain l’irréparable, un éclat d’obus sans doute, alors qu’il fait un temps suberbe, notre héros s’effondre, blessé à mort, avec encore « un coquelicot au creux de la main ».Des enfants l’emportent agonisant « dans la barque des morts » et le choeur reprend « loin des atrocités du roulis des combats » pour le libérer « de ces forces du mal ».
Désormais il repose « sous cette croix » et se demande si le monde est enfin heureux. Car pour le Soldat Coquelicot « L’homme n’a pu réécrire cette rature dans l’histoire – Cette tache d’encre sale dans le blanc des mémoires » … S’il savait !

Au final un spectacle d’une rare intensité dramatique et musicale chaleureusement applaudi par le public tout au long des remerciements que l’adjoint à la culture adresse à tous les participants, à commencer par l’équipe artistique et les collectivités qui ont permis la création et la diffusion de cette oeuvre. 

« Puisse ce spectacle, qui marque, pour notre commune, la fin des commémorations du Centenaire de la guerre 14/18, perpétuer encore notre devoir de mémoire »

Avec les enfants du Choeur de l’Avesnois dirigés par Thibaut WAXIN, accompagnés par Annick RAZNY à l’accordéon, Yan DELEURY à la batterie, et les cinq musiciens du Local Brass Quintet, Javier ROSETTO et François PETITPREZ à la trompette, Romain DURAND au trombone, Benoît COLLET au cor et Tancrède CYMERMAN au tuba.

Et dans le rôle du Soldat Coquelicot, un jeune comédien plein de talent Théo VAN HERWEGEN, qui n’est autre que le fils de Frédéric, l’ancien directeur du Foyer de Vie Les Cottages.

MERCI aussi à tous ceux qui ont apporté leur concours à la réussite de cet événement: Didier CYMERMAN – Thibaut WAXIN – Clément PETETIN – Stéphane POBEREJKO – Christian DUPLOUY – Dominique PETETIN – Marie DRACHE – Alfred CORDIER – Bernard DECRONAMBOURG – Dominique LELY et son équipe – sans oublier l’ensemble des musiciens et musiciennes de l’Harmonie L’Avenir, et tous les annonceurs qui ont financé le livret-programme, encore disponible à la médiathèque.