L'école à la maison

Les enfants ont été les premiers confinés, mais ils n’ont pas pour autant été privés d’école, grâce à l’esprit d’adaptation et à l’inventivité de nos équipes enseignantes, avec les outils numériques mis en place par l’Inspection académique et bien d’autres liens de communication avec les familles. A l’heure des vacances scolaires, ils témoignent eux-mêmes de cette première expérience d’un enseignement à distance, durant ces quatre semaines de confinement.

Au groupe scolaire Joseph Ringeval

M. GALLAND, directeur de l’école et instituteur pour les enfants de CE1/CE2, nous explique avoir eu recours à une adresse mail pour sa classe, qu’il a « transmise à tous les parents pour pouvoir communiquer avec eux pendant cette période de confinement » et leur « envoyer des activités chaque semaine », le meilleur moyen pour lui garder le contact avec les familles et de poursuivre son enseignement auprès des élèves.

En tant que directeur il a assuré parallèlement « une permanence administrative à l’école » à raison de deux matinées par semaine, pour apporter son aide aux familles qui ne disposeraient pas du matériel adéquat en leur fournissant les photocopies nécessaires.

M. David HODIN (Classes maternelles) a également choisi le même mode de communication, en créant une adresse spécifique pour sa classe après avoir « vérifié l’adresse mail de tous les parents ». Il a les a « ensuite contacté par téléphone » pour leur expliquer la manière dont il comptait procéder. Les parents ayant accueilli de manière favorable les dispositions qu’il proposait, il leur envoie donc la veille au soir par mail le programme de travail pour le lendemain. « Cela se passe bien et les parents ont l’air contents ».

Mme Laëtitia MAKSYMOWICZ (Classe Maternelles) nous livre ici son expérience en tant qu’ institutrice mais aussi comme maman !

« Voilà maintenant un peu plus de 4 semaines que nous sommes confinés, un mot si peu employé avant et qui fait maintenant partie de notre vocabulaire quotidien… Les débuts ont en effet été un peu laborieux, il a fallu faire face aux interrogations de mes propres enfants, mettre en place « la continuité pédagogique », gérer un quotidien inhabituel et organiser les aménagements nécessaires : l’ordinateur et l’imprimante trônent maintenant conjointement sur le plan de travail de la cuisine …

Le mot d’ordre a été l’adaptation. Il est vrai qu’avoir 3 enfants (avec des devoirs en direct ou pas) un mari qui depuis le début poursuit son activité professionnelle, et avoir à gérer moi-même la recherche, l’envoi de consignes et de documents adaptés à mes jeunes élèves sont autant d’éléments qui ont constitué un avantage indéniable : celui de ne jamais me trouver désoeuvrée !

On a essayé de faire au mieux avec un seul ordinateur, et la tablette en soutien, on a composé avec les humeurs et envies des uns et des autres. J’ai essayé de trouver des contenus les plus abordables possibles pour mes élèves de 3 et 4 ans, en essayant de ne jamais perdre de vue que leurs parents n’étaient pas enseignants et que le télétravail occupait également une partie de leur temps. Dès l’annonce de la fermeture des classes, nous avons fourni aux enfants une pochette avec des travaux divers et variés à faire et à refaire, j’ai envoyé au fil des semaines des liens, proposé des lectures et des pistes de travail, recherché des situations pour stimuler l’activité physique et réalisé de courtes vidéos afin d’entretenir des échanges variés. Ayant la double casquette, j’espère avoir su rester aussi pragmatique que possible; chez nous la pâtisserie, les jeux en intérieur ou en extérieur, la lecture, la musique et la télé nous ont permis jusqu’à maintenant de ne jamais nous ennuyer. J’ai essayé de me rendre disponible pour tous, mails, sms, conversations vidéos et messagerie instantanée sont devenus des « outils » fondamentaux au quotidien pour maintenir ce lien avec les familles. Cette promiscuité contrainte nous a appris à trier le positif dans un contexte plutôt négatif, à nous recentrer sur les priorités, et à composer les uns avec les autres même si l’absence physique de nos proches se fait de plus en plus ressentir…» 

M.François-Xavier DANSAULT (CP-CE1)

Pour cette période de classe à distance, le français et les mathématiques ont été privilégiés pour les CP – CE1. Chaque semaine, des documents dans ces deux domaines ont été envoyés par mail aux familles. En parallèle, deux classes virtuelles ont été proposées chaque mercredi matin et vendredi après-midi. La première semaine a été laborieuse pour s’approprier le matériel et améliorer notre communication. Au bout des quatre semaines, 3 heures hebdomadaires en classe virtuelle étaient réalisées, dans de bonnes conditions, chaque semaine pour chaque niveau. Malgré ces conditions nouvelles, nous nous sommes adaptés pour faire au mieux. Je remercie les parents et les enfants pour leur engagement, leur soutien durant les classes virtuelles ou lors de nos échanges par mail.

Mme Corenthine DENIS (CM1/CM2)

« Pour ma part, j’ai ouvert une classe virtuelle sur le site de CNED comme cela nous avait été recommandé par le Ministère de l’Education Nationale, et je dois dire être assez satisfaite de ce système, car peu de soucis avec son utilisation. J’envoie par mail le programme de travail du jour aux parents d’élèves ainsi que les documents de travail: documents PDF, pages de manuels; adresse de sites web… 

Tous les matins (jours d’école) à 9h, je donne rendez-vous aux élèves pour une séance de correction des travaux réalisés la veille…..Et ce rendez-vous est respecté et même apprécié des élèves: ils peuvent être interrogés à l’oral (activation de leur micro), en web-cam (en sciences, en arts visuels…), et par Chat’ …. ils sont rodés maintenant! Quant à moi je peux leur montrer des documents, des vidéos en ligne ou non…J’essaie de les diriger aussi vers des jeux pédagogiques sur les sites … Bref, le tout est de varier les supports de travail et cela pour plusieurs raisons: tous n’ont pas d’imprimante à la maison, pas d’encre ou de papier pour imprimer, l’ordinateur ou la tablette à partager avec les frères et soeurs ou encore le parent en télétravail….et il faut encore veiller à limiter le temps sur les écrans! 

Cette semaine, plusieurs défis étaient lancés: production plastique de remerciements au personnel soignant de l’hôpital de Cambrai, défi sportif (créer un super parcours sportif dans son jardin), défi sciences (créer un moulin à eau en relation avec la leçon sur les engrenages), défi arts (reproduire avec les moyens du bord une des oeuvres du Louvre Lens) … etc Et même si tout le monde n’a pas répondu à ces défis, une grande majorité des élèves l’ont fait !

Il faut souligner ici l’engagement des familles dans ce confinement, car les parents font au mieux, ils sont davantage présents dans la scolarité de leur enfant et s’en sortent très bien!  Un point positif du confinement est que parents et enseignants se sont même « rapprochés », tant la communication (bien qu’à distance) est régulière et qu’il y a une véritable immersion des parents dans notre travail au quotidien … »

A l'école Jules Ferry

Mme LAUT Directrice et enseignante des élèves de GS, CP et CE1

Pour assurer la continuité pédagogique depuis ce vendredi 13 mars, j’envoie le travail par mail pour ma classe deux fois par semaine. Une permanence est assurée à l’école pour les familles démunies de PC ou d’imprimante : une version papier leur est remise.

Mme DUPONT qui enseigne l’anglais dans ma classe, approvisionne aussi les CP et CE1 en les invitant à naviguer vers des sites qui leur permettent de réviser leurs acquis .

Nous apprécions mes collègues et moi-même la manière dont les familles s’investissent dans l’accompagnement des apprentissages, et d’après les retours des mails, nos élèves attendent d’ailleurs avec impatience le travail demandé !!

Mme Céline DUPONT (Maternelles PS/MS)

Malgré la distance, les élèves travaillent et continuent d’apprendre dans de nombreux domaines : mathématiques, écriture, phonologie, arts, etc. Quant aux parents, ils suivent les conseils de la maîtresse et s’impliquent encore davantage pour faire progresser leurs enfants.

Mme Céline DEMOULIN (CE2/CM1/CM2)

Au sein de l’école, nous avons tous élaboré des plans de travail pour les élèves. De mon côté, il s’ agit de plans à la semaine. Ainsi les élèves ont un emploi du temps rigoureux : lundi, mardi , jeudi et vendredi. Avec le travail détaillé pour chaque jour. Travail adapté évidemment …

Nous nous relayons avec Mme LAUT pour nous déplacer à l’école une fois par semaine pour les familles qui se partagent un smartphone au sein d’une fratrie, afin de leur transmettre les documents imprimés, tout en respectant bien sûr les gestes barrières et en étant couverts par une attestation de déplacement professionnel.
Plutôt que la « classe virtuelle » j’utilise un autre logiciel comme moyen de créer un groupe classe (avec un compte enseignant) en fixant aux élèves des rendez-vous vidéos. Cela permet de donner des explications en direct sur certaines notions ou tout simplement de garder un contact et un lien important avec l’école. Les élèves sont contents de s’y retrouver pour discuter également.

Notre groupe classe s’intitule d’ailleurs «  une classe qui rayonne de valeurs » un titre qui en dit long et dont les élèves peuvent témoigner …Seuls trois d’entre eux n’arrivent pas à s’y connecter, malgré l’envoi d’un tuto. J’appelle donc une fois par semaine ces familles-là et j’échange avec les parents puis avec les enfants. Nous avons également la chance d’avoir de l’aide auprès de l’inspection, avec une formation dédiée à la continuité pédagogique. On y retrouve des sites sur lesquels renvoyer les élèves, des informations de ressources accessibles gratuitement en ligne

Comme maman enseignante, gérer le télé enseignement et la vie de famille n’est pas chose simple… Le danger est de rester trop connecté à l’ordinateur… La création des plans de travail est une tâche lourde … La réflexion a été très complexe au début du confinement (quel format ? Comment adapter ce que j’avais prévu ? Quelle quantité de travail demander ? Comment expliciter au mieux pour faciliter la compréhension sans la présence de l’enseignant etc) … L’envoi et la réception des mails  demande aussi une autre gestion du temps …

Au début mon fils se plaignait … Un soir il a dit à son papa «  c’est pire que l’école à l’école, avec l’école à la maison, Maman ne s’arrête jamais ». Début difficile car inédit et anxiogène … Petit à petit, on parvient à s’organiser pour ne laisser personne subir la situation … Et on fait son possible pour que tout le monde se sente bien, parents, enfants ( et parents / enseignants). Le plus difficile, c’est de gérer les émotions face aux mauvaises nouvelles, telle que la mort d’un proche … En attendant, il faut prendre soin de soi et de sa famille, profiter du temps confiné comme d’une pause pour nous recentrer sur les vraies valeurs.